Des vies

Il est des écrivains qui rêvent à d’autres vies ou tout simplement de réécrire leur propre vie. Au travers de leurs récits, ils s’inspirent de la vie d’autres hommes et femmes, parfois personnages lointains, parfois plus proches, beaucoup plus proches. Puis quand les faits relatés viennent à être trop précis et certains passages imaginés, entrelacs de réel et de fiction, le récit se meut en biographie ou autobiographie romancée. A la manière des « biopics » au cinéma, la biographie romancée est centrée sur la description romancée d’un personnage principal qui a réellement existé.

«La réalité justifie la fiction», écrit Régis Jauffret en épigraphe de son dernier roman Papa.

Un auteur de biographie romancée aime à s’attacher à un personnage célèbre tel que Joseph O'Connor dans Le bal des ombres, fiction historique sur la vie de Bram Stoker, célèbre auteur de Dracula ou à une personnalité moins connue mais qui devient prétexte à inscrire son histoire dans une période précise. C’est le cas dans Briller pour les vivants de Jérôme Hallier où les frasques du XXe siècle sont omniprésentes. Ce roman relate l'histoire vraie de Takeichi Nishi, dit le baron Nishi, né au début du XXe siècle dans une famille traditionnelle. Champion d'équitation aux Jeux olympiques de 1932, sa trajectoire fantasque et tragique est le symbole d'un siècle tourmenté, de son enfance solitaire et violente, ses tribulations à Hollywood, son amitié avec son cheval Uranus jusqu'à sa chute à Iwo Jima en 1945. Michael Winter évoque quant-à lui dans son roman Au nord-est de tout, le portrait de Rockwell Kent, peintre new-yorkais, un artiste tourmenté et complexe à la veille de la Première Guerre Mondiale.

Dans Le Secret Hemingway, Brigitte Kernel relate la vie du fils cadet d’Ernest Hemingway et Pauline Pfeiffer, Né dans un corps masculin, Gregory deviendra femme en 1995 à l’âge de 64 ans et s’éteindra Gloria en 2001. Ce choix du personnage, quasi secondaire, moins célèbre que la figure du père est judicieuse puisque l’écrivain se dévoile à travers les yeux de son fils, accordant plus de liberté au récit. Même choix de la part d’Anne-James Chaton dans son roman Vie et mort de l'homme qui tua John F. Kennedy où l’auteur s’est focalisé sur l’assassin présumé de J. F. Kennedy et non sur celle du président pour nous raconter ce fait historique.

De nombreux auteurs écrivent également sur la vie de leurs proches, nous faisant pénétrer dans leur intimité… Régis Jauffret dans Papa explore par exemple un pan de son histoire personnelle. Le 19 septembre 2018, lorsqu'il aperçoit dans un documentaire sur la police de Vichy, son père menotté entre deux gestapistes sortant de l'immeuble marseillais où l'auteur a passé toute son enfance. Après avoir zoomé maintes fois, il n'y a pas de doute, c'est bien lui et son visage exprime une grande terreur. Ces images auraient été tournées en 1943. L'écrivain va alors tenter d'analyser ce qui a pu se passer, en échafaudant tous les scénarios possibles.

A l’image de Virginie Linhart dans L’effet maternel ou Rachid Benzine dans Ainsi parlait ma mère, ces auteurs nous livrent aussi une partie de leur vie familiale. Les rapports avec leur mère, le poids du passé et de la question d’hérédité sont bien entendu au cœur du récit mais c’est aussi d’autres questions sociétales qui transpirent à travers leurs mots : l’évocation du féminisme et de la libération sexuelle pour Virginie Linhart, l’analphabétisme et l’immigration pour Rachid Benzine.

Quelle est la part de fiction et de réalité ? Pour ces écrivains, la biographie et autobiographie romancée est-elle une manière de ne pas s’engager auprès de leur lectorat à rendre fidèlement leur vécu ?

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